Lorsque La Perousse rentre le soir, il a l’habitude de dire qu’il va faire un saut dans un magasin. Curieux de voir en quoi consiste cette gymnastique je l’ai suivi et voici ce que j’ai vu :

 

Mais lorsque La Perousse va dans son magasin
Pour fêter comme il dit, ma cruelle défaite
Il fait un petit saut, c'est ainsi qu'il fait fête,
Sur un pied, sur deux pieds ou encore sur les mains.
 
Les clients ébahis le regardent,  surpris
De voir ce grand dadais dans sa laide culotte
D'où dépassent quelques bintje et deux ou trois charlottes
Sauter d'un pied sur l'autre en poussant quelques cris.
 
Puis sortant de sa poche deux ou trois épluchures
Il les place en sandwich dans deux tranches de pain
Tout en se régalant il tressaute à pieds joints
Car ces sauts-ci sont laids, c'est toute sa culture.
 
Mais ces sauts-ci sont secs, lui dit un spectateur
Il faudrait à mon gout l'agrémenter un peu
De chouchen ou de cidre, ce n’ serait pas dégueu,
Si on y ajoutait  encore de la liqueur. 
 
Pourrons nous supporter qu'un gars en bas résille,
Sous sa perruque rousse et son air innocent
Puisse encore et toujours, en un mot comme en cent
Nous imposer sa loi. Holà ! qu'il se rhabille.
 
Car cet être sans foi, ni loi et sans scrupules
Envahit nos cerveaux et nous dicte sa loi
Et comme trois orfèvres à la Saint Eloi,
Nous attrappe, nous retourne et enfin nous bouscule.
 
Si vous saviez mortels, comment ce saute-ruisseau
Peut s'emparer de vous et vous faire subir
Les derniers outrages et vous anéantir
Sans regrets, sans remords, vous n'êtes qu'un vermisseau.
 
Mais tels les grands vampires, les monstres des carpathes,
Il a une faiblesse, qui le rend vulnérable
Lorsque le soir descend, quand le marchand de sable
Vient fermer ses paupières et que le nez lui gratte.
 
Car alors, envahi d'une douce torpeur
Il gronmme gronmme doucement et il déploie son pouce
Qu'il suçotte en rêvant, tandis que son drap-housse
Chatouille son tarin de manipulateur.
 
A cet instant précis, à cet instant seulement,
La bête est vulnérable, elle peut être vaincue
Vous l'attrapez soudain, faites pan-pan-cucul
Et libérez le monde du vilain garnement***.

***Vue la description que j’en fais habituellement, on peut dire sans se tromper que ce terme est largement sous-évalué. Tant pis on dira que c’est une licence poètique ! (et il faut bien que çà rime…)